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19 juin 2021
HAITI

Le divorce : un processus plus difficile à entamer quand on est femme

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Si le poids est pesant pour les femmes lorsqu’il s’agit de fonder un foyer, et avoir des enfants, il devient encore plus difficile pour elles de prendre sur elles, quand elles doivent se séparer de leur mari. Certains vont carrément leur dire qu’elles ne peuvent pas faire ça, d’autres vont les en dissuader, et la meilleure carte, celle qu’on leur sort le plus souvent c’est celle où les enfants rentrent en jeu.

Certaines femmes ont parfois besoin de se convaincre elles-mêmes de leur décision, pour finalement décider de passer à l’acte. Mais se soucie-t-on des calvaires qu’elles vivent le plus souvent au sein de leur couple ?

Que vont dire les parents ? Que vont penser mes amis ? Quelle image enverrais-je à la société ? Voici là un ensemble de questions qui taraudent l’esprit de certaines femmes quand elles veulent quitter légalement le toit conjugal. Il est à parier qu’elles ont souvent raison.

Le regard extérieur porté sur la femme après que ce soit elle qui ait demandé le divorce, peut pousser cette femme à se remettre en question. A s’en vouloir alors que ce qu’elles vivaient avec leurs hommes était sans conteste insoutenable.

La paperasse juridique est à plaindre

Contacté afin d’apporter un peu de lumière sur la question, Me Nathan Laguerre a expliqué succinctement la procédure à suivre pour qu’un divorce soit prononcé : « Fòk deja moun marye yo mete tout pyès yo la : Ak nesans, ak maryaj, pyès idantite, resepise divòs ; fòk yo kontakte yon avoka. Aprè sa, avoka moun ki mande divòs la ap adrese yon rekèt a dwayen an, dwayen an ap envite moun yo, lap tante rekonsilye yo. Si l rive fè sa tout bagay fini, sinon, lap bay moun ki te mande divòs la  yon (jugement permissif de citer » k ap pèmèt li asiyen lòt pati a…. Epi pwosedi kòmanse, jiskaske divòs la pwononse » épilogue-t-il. 

Et par procédures il entend : Echanges d’écritures, fermeture des écritures… audience, etc. Me Laguerre ajoute : « Kesyon divòs konplike anpil isit…

Tout ceci pourrait être évité, s’il existait en Haïti ce qu’on appelle le divorce par consentement mutuel ; qui est le cas où les deux conjoints se mettent tous deux d’accord pour divorcer sans les palabres juridiques. « On a souvent envie de s’écrouler sous le poids de ce fardeau que représentent les processus juridiques.

Savoir qu’on est considérée comme la partie qui a demandé le divorce, arpenter les rues pour avoir les pièces requises, le regard qu’on vous lance quand vous demandez des papiers relatifs au divorce, tout cela est exaspérant » raconte Nadège, divorcée il y a de cela 3 ans.

Cette dernière a vécu un enfer lors des processus de son divorce, car, son mari qui ne manquait pas une occasion pour la frapper, ne voulait pas accepter le divorce. « Je remercie aujourd’hui la perspicacité de mon avocat qui m’a permis de passer ce cap » ajoute-t-elle.

Les pressions religieuses ne sont pas des moindres

« Mwen m pa pè koze tribinal yo, men se legliz mwen se tout bagay la » avoue Carole, une jeune femme de 30 ans de foi catholique. Et oui, plus d’un pencherait pourtant pour des interdictions du côté de ceux des religions dites protestantes, mais les catholiques ont aussi leur lot de contraintes, leur lot d’impositions. Quelque part dans une église de la place, les différents groupes n’acceptent pas que les membres portent l’uniforme du groupe, s’ils ne sont pas mariés ; et vous savez ce qu’on pense du divorce : « Bondje pa rekonèt divòs ».

Une femme divorcée prendra plus de temps pour être intégrée aux activités dudit groupe qu’une femme mariée. Être divorcé t’entraine illico dans le fameux « m pèdi la kominyon ». Oui, ce moment où, à un moment de la messe  tout le monde se rue vers l’hostie, et que toi tu es obligé de rester à ta place parce que tu es divorcé (e). Le divorce est ainsi considéré comme un péché.

« Être femme et vouloir divorcer quand on est religieux, on a l’impression d’avoir des comptes à rendre à Dieu lui-même » témoigne Sarah, divorcée et mère de deux enfants dont le père a consenti de lui donner la garde. « Je me souviens encore des paroles de ma mère quand je lui ai appris que j’allais divorcer : ‘Sarah, moun nan legliz pa nan pawòl divòse ; mete granmoun sou ou, jere fwaye w’. Elle n’avait meme pas pris le soin de me demander ce qui n’allait pas » continue-t-elle.

En effet, plus d’un est d’avis qu’il revient à la femme de tout fixer au sein de la relation, mais aussi et surtout, fixer même s’il est impossible de le faire.

Le divorce : un boycottage de son identité numérique

L’identité numérique sur les réseaux sociaux, tout le monde y a droit. Certains l’utilisent même à tort. En effet, les réseaux sociaux deviennent un carrefour où on apprend à faire connaissance avec des internautes sans même avoir besoin de les rencontrer face à face. Ainsi, on saura le nombre d’enfants qu’a un tel, la date d’anniversaire de mariage d’un autre, le déroulement des voyages de noce de l’un, et la grossesse de l’autre. Vous verrez là qu’il ne s’agit que de belles facettes de leur vie. Par ailleurs, il devient embarrassant pour certains, gênant, après avoir partagé de si jolies photos d’un couple heureux, et quelques temps après, d’annoncer un divorce ; ou encore, que la toile apprend la nouvelle du divorce.

La femme, la seule responsable, devient donc la risée de tout le monde, elle est traitée de tous les noms, et peut perdre sa cote sur les réseaux parce qu’elle a décidé de s’offrir un aller-mieux en sortant d’un mariage toxique. S’il est une chose pour laquelle les gens se soucient à présent, c’est l’image qu’ils projettent sur les réseaux, même si cette dernière est fausse. Pour une femme, il est encore plus important, quand on se rappelle les méchancetés subies par les femmes sur le net. Le moindre faux pas, et leur identité numérique est bafouée.

« M te pran anpil tan pou m pase de statu marye  a divòse a sou Fb » affirme Rachelle. Selon cette dernière, les gens ont droit aux bonnes nouvelles, et le divorce n’en est pas une. « De plus, les gens refusent souvent de croire qu’on part, et que pendant un temps on reste seule. Nan tèt yo, depi yon fanm kite yon gason, li te gentan gen yon lòt k ap tann li. Ce qui n’est pas souvent le cas » continue Rachelle. Se présenter comme une femme divorcée c’est tout un travail, une construction même.

Entre la famille, les amis, les sectes religieux, les amis des réseaux sociaux, il n’est pas du tout facile d’entamer des processus de divorce et d’aller jusqu’au bout quand on est femme. Néanmoins, certaines y sont parvenues, pourquoi pas vous ?

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