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31 juillet 2021
HAITI

35 Zile au coeur de la première édition de « Sou chimen Hip Hop »

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Comme c’était annoncé, la première édition de » Sou chimen Hip-Hop » a bien eu lieu à l’occasion de la Journée internationale du Hip-Hop ce 16 mai 2021. C’est dans les locaux de Banj à Delmas 66 que s’est déroulé ce grand événement mettant en valeur les principaux éléments du Hip-Hop. Une grande première que Entèlè Kilti et Punch-Raj dit médiaraphaïtien ont dédié au rappeur 35 Zile.

Punch-Raj, un média destiné à la promotion du Hip-Hop, et Entèlè Kilti ont organisé la grande première de « Sou chimen Hip Hop dans la salle de conférence de Banj à Delmas 66. Cette journée qui a été organisée en hommage à Frantzy Nougaisse alias 35 Zile Ile Dife, était une journée de réflexion sur les principaux secteurs présents dans ce vaste mouvement populaire qu’est le Hip-Hop. Cette tendance est  un moyen d’expression pour les opprimé(e)s, c’est la phrase-canon qui a raisonné  fort dimanche dernier à l’occasion de la Journée internationale du Hip-Hop.   

Dans un premier moment, après une mise en contexte au cours de laquelle le présentateur a fait remonter l’origine du Hip-Hop datant du 11 août 1971, Chedlet Guilloux, le premier modérateur de la journée, a reçu le professeur Jean Evenson Lizaire qui a intervenu sur le thème  » Hip-Hop: Domine yo kreye pwòp mwayen ekspresyon yo ». 

Chedlet qui a voulu lancé le débat, a commencé par remettre en question l’évolution qu’il dit avoir constatée dans le rap en Haïti. Le rap, l’un des éléments fondamentaux du Hip-Hop, qui était l’expression des dominés semble être élevé au rang de domination, a-t-il déclaré pour interroger ce secteur auquel il appartient.

Le professeur Jean Evenson Lizaire qui a pris la parole via zoom a axé son intervention sur trois points. Il a commencé par définir le concept « domine ». Pour ce faire, le docteur en sociologie qui s’est référé au contexte politique de l’époque où les gens étaient face à la férocité de la dictature des Duvalier a fait un retour sur l’avènement du rap en Haïti dans les années 70 ce qui d’après lui coïncide avec le passage d’une parole réprimée à une parole libérée.

« Les rappeurs sont considérés comme des dominés qui ont forgé une forme d’expression dans l’espace public ce qui est expliqué par le fait qu’ils soient des descendants des personnes qui viennent des milieux reculés du pays. Comme leurs grands parents, ils sont des marginalisés », a poursuivi le sociologue qui a présenté le rap comme un outil d’expression et un alternatif de subjectivation.

D’après Mr Lizaire, le rap est devenu un moyen de participation politique pour ces gens des quartiers populaires, ces personnes qui portent en eux tous les vécus de leurs milieux. Il appelle cette relation « appartenance biographique ».  

Enfin, pour expliquer le sens du rap haïtien, Mr Jean Evenson Lizaire qui avait présenté sa thèse de doctorat sur le rap, montre que le rappeur est dans un rapport d’appartenance avec son milieu. Pour lui, le concept même de rappeur-conscient pose problème parce que, avance t-il, tout rappeur est un être conscient, conscient de tout ce qui se passe autour de lui, des problèmes de son milieu. Et sa parole n’est pas seulement la tienne mais c’est celle de sa collectivité.

Lorsqu’on lui a demandé comment devrait- on saisir le fait qu’un rappeur a un moment donné était dans un style, porteur d’un type de message puis à un autre moment, il en porte un autre ?. Le Dr qui n’a pas voulu créer de polémique s’est contenté de rappeler que tout rappeur n’est pas obligé de porter tout le temps un message de révolution.

Le DJing: yon eleman Hip-Hop reyenvante e popilarize

Le second panel qui a été composé de Dj Kemissa et Dj Jack a offert une historicité du « Djing » en Haïti et de sa contribution dans le mouvement Hip Hop. Selon eux, le Djing a énormément contribué dans la diffusion de la musique rap.

DJ Kemissa, de son vrai nom Kemissa Trécile qui est présentée comme l’une des figures emblématiques du Djing haïtien a profité de ce panel pour montrer que le Djing est un secteur important du Hip Hop comme la break dance, le graffiti, etc.

D’après Bychard Barreau le modérateur de ce panel, DJ Jack a été l’une des premières personnes à accepter de jouer le rap-créole à la radio. Le DJ qui est passé de présentation a profité pour faire le point sur son silence dans le DJing.  » Moi, je fais les choses à l’envers, j’ai été producteur avant d’être DJ » a-t-il insinué avant de dire qu’il se concentre beaucoup plus sur sa production.

Le DJ sénior a déclaré qu’il avait toujours voulu donner une chance aux jeunes rappeurs qui l’ont abordé bien que certains artistes déjà connus l’avaient souvent critiqué.

« Se vre mwen toujou vle bay jenn atis yo yon chans. Si premye fwa a mwen woule mizik la yo wè li bon, animatè a ka kontinye woule’l », a avoué le producteur qui semble être satisfait de ses travaux dans la promotion du rap haïtien. Il a avoué qu’il avait l’habitude de dire aux jeunes rappeurs qui l’ont sollicité : « fè moun bò lakay ou rele pou mande mizik la wi » question de montrer aux auditeurs et auditrices que c’est sur la demande du public qu’il la diffuse. Alors qu’il allait donner une prestation, ce dernier a déclaré que sans le scratch qui est le fait de produire en isolant un son précis du morceau et en exerçant une pression de la main sur le vinyl d’avant en arrière afin de créer un nouvel élément sonore et rythmique on pourrait parler de tout sauf de Hip-Hop pour le DJing. 

Ce deuxième panel a été clos avec une prestation d’environ 10 minutes de DJ Jack. C’est en effet un habitué, un connaisseur du DJing qu’on a vu à l’œuvre. Avec un maillot sur son épaule, l’artiste bougeait de toute part. Il a enchaîné avec des hits qu’il prenait sans doute plaisir de jouer à l’époque où il était un DJ actif. 

Quant à la petite foule, elle a été composée de jeunes rappeurs, de producteurs de breakdancers, d’étudiantes et étudiants, de pratiquants de graffiti, qui ont tous porté des t-shirt sur lesquels étaient inscrits les noms des initiateurs, Entèlè Kilti et Punch-Raj,  l’intitulé de l’événement, « Sous chimen Hip-Hop ». Certains ont suivi religieusement les scratch de DJ Jack.  

Ils ont plaidé « Pou yon Rap Ayisyen Popilè » 

Pour le troisième grand moment de cette première édition, le staff nous a présenté un panel où Edner Bonnaig a reçu le professeur Sandy Larose et Hardy Julien qui ont intervenu sur le thème: Pou yon rap Ayisyen popilè.

En fait, pour le professeur Larose qui a avoué avoir fait ses travaux de Licence et de Maîtrise sur le rap comme forme d’expression populaire, il y a une interrogation assez intéressante à faire. Comment le rap peut-il être populaire et savant à la fois ? Ce qui d’après ce qu’il a dit doit nous pousser à mieux considérer ce mouvement fort du Hip-Hop.

C’est comme si le rap engloberait le savoir qui est l’une des exigences que fait le Hip-Hop comme mouvement, tout en considérant la masse des dominés en se chargeant de sa situation d’exclue.

Mr Hardy Julien, comme les autres intervenants, a reconnu dans le rap le reflet des catégories sociales, a fait du rap un outil que les dominés utilisent pour se poser comme sujet. Un sujet qui dénonce, qui s’affirme donc qui manifeste son sentir et son vouloir. Ainsi le rap haïtien doit éviter tout panzou c’est-à-dire toute forme de trahison au peuple.  Le rap, dit-il, doit être intégrationniste, une critique de cet État qui est le reflet de l’État colonial. Ainsi, il peut se dire haïtien et populaire.

Rap biznis ou biznis nan rap, de quoi devrait-on parler ?

Un quatrième panel a vu R-Ben recevoir Jean Hubert Valcourt, Dug-G et Mawon Ann Di Ezli qui ont réagi sur le rapport Rap-économie.  Dug G qui s’est vendu comme un vrai  » Bwasè » croit que le rappeur en tant que créateur doit pouvoir vivre de ses productions. L’ancien chanteur du groupe Rockfam Lame a pense qu’on doit pouvoir faire du business dans le rap.

Mawon Ann Di Ezli qui est allé dans le même sens que Dug G, ajoute la nécessité d’une professionnalisation du rap haïtien. L’animateur qui a voulu éviter toute confusion a établi une différence qu’il croit être fondamentale. Il a préféré parler de biznis nan rap en lieu et place de Rap-biznis. Ce dernier concept pourrait transformer le rap en une forme de marchandise, selon ses dires.

Mélissa Béralus et Axcela Bacèche ont assuré la modération pour les panels de Griffiti et de Breakdance

Les deux derniers panels qui étaient consacrés au Graffiti et à la breakdance n’étaient pas des plus exemplaires. Contretemps, variation dans la durée des précédents voilà ce qui explique tout. Toutefois, il a été question de débattre les sujets suivants : Graffiti antan ke zouti pou yon bon kominikasyon sosya’l » et  » Wòl ak enpòtans breakdance nan lavi yon jèn.  

 Si presque rien n’a été dit sur le graffiti, la breakdance a vraiment été questionnée sur son utilité, son expression ? Il y a eu une bonne petite discussion.

Break manyak, un breakdancer qui paraissait un peu frustré, a tout de même eu à établir une différence entre un breakdancer qui vient faire un show et celui qui vient présenter une création. Ce dernier, affirme Break manyak, peut choisir de raconter une histoire à travers les gestes de son corps. A ce moment-là, le corps devient une forme d’expression. 

Devrait-on conclure que le corps a ses raisons qui ne sont pas accessibles à toute raison ? Une question qui fait sens selon le danseur.

Punch-Raj, un média qui est spécialisé dans la promotion du rap haïtien, et Entèlè Kilti ont dédié l’activité à un homme, 35 Zile. Un nom qu’on n’a pas cessé de vanter tout au long de la journée. Un ancien sans abri, qui s’est créé un nom qui en dit beaucoup dans le HMI aujourd’hui. 

Pour conclure cette première édition de « Sou chimen Hip-Hop », les organisateurs ont honoré Frantzy Nougaisse alias 35 Zile Ile Dife. Il a recu un portrait de Entèlè Kilti ainsi qu’une plaque d’honneur et mérite.

« 35 Zile an pa anyen non mesye san nèg sa yo ki la », a avoué le Mister de la journée qui ne pouvait retenir ses larmes.

Le principal protagoniste du jour, 35 Zile, qui a fête ses 40 « rekòt kafe » est l’auteur de 7 albums rap. Il a dédié les louanges, les respects, l’amour que lui ont témoignés ses paires à tous les anciens rappeurs qui ont dû batailler pour imposer le Hip-Hop dans les espaces publics haïtiens.

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