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3 août 2021
HAITI

D-Fi met fin aux défis

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Après trois albums, D-Fi ne fait plus de scène. Il se lance dans la production. Des interrogations viennent de toute part. Peut-on parler de l’accomplissement d’une mission ? L’artiste veut-il nous dire, par cet arrêt, qu’il n’y a plus de défi à relever ? Des doutes planent encore.

Télémaque Rhod D’Jyvens dit D-fi, est né le 14 septembre 1991 en Haïti. Il est un rappeur sans aucun doute l’un des artistes les plus influents. Alors, qui est ce jeune homme qui a su porter les voix des personnes vivant dans les quartiers populaires au sommet de son pouvoir pendant plus d’une décennie ? Rhod D’jyvens Télémaque est né dans une famille de 5 enfants. Grandi à Cité Castro, une petite localité de la commune de Delmas, le jeune a pu fréquenter certaines institutions scolaires des plus prestigieuses en Haïti dont Saint Louis de Gonzague et Frantz Paillère.

Ancien étudiant de Chemtek et de l’École Nationale des Arts, le chanteur est conscient de son milieu. Comme le professeur Jean Evenson Lizaire eut à dire lors de son intervention à la première édition de  » Sou chimen Hip-Hop », le rappeur est un homme qui est conscient de tout ce qui se passe autour de lui. Il se voit dans les souffrances de ces gens, il se sent appartenir à une classe: celle qui est lésée, hantée par la misère.

D-fi qui a avoué avoir commencé dans le rap en 2005 compte 3 albums et un mixtape à son actif. Le chanteur de « Powèt revòlte » (une structure regroupant des artistes engagés) qui a intervenu a « Dimanche littéraire » s’est vanté d’être l’un de rappeurs les plus profiliques.

Le natif de Cité Castro a lancé son premier album baptisé « Kwonik on Getoyout. ». C’est un album de douze (12) titres qui interpellent la conscience humaine qui est pervertie sous l’emprise de l’égoïsme, de la quête excessive d’argent. Le fait pour lui de traiter des sujets qui rongent la société, son travail l’a rendu avec le temps de plus en plus important.

D-Fi est ce poète qui a su chanter les réalités des délaissés de notre société et pourquoi pas ceux du monde entier. Les enfants des rues, ces gens à qui on a enlevé même le DROIT à une digne vie. À force de lutter pour survivre, ils sont devenus des outils d’un système mafieux, selon les mots du chanteur. « M vin koute yon pati nan vim m pap tande nan jounal, m te gen rèv pou m al lekòl, kale kòm ak papam tou men inivèsite lari a montre m vòlè » chante D-Fi. C’est l’expression des rêves de centaines de jeunes haïtiens qui évaporent sous les pressions d’une société mal organisée.

Avec D-Fi comme tant d’autres avant lui, le rap trouve sa définition en tant que moyen d’expression des opprimés dans le contexte haitien.

D-Fi pense que l’État est le principal responsable de la situation des gens. « M son grenn bal sistèm nan tire ki pot ko jwenn sib li » une façon pour l’artiste de rappeler à l’État les conséquences de ses dérives.

Son deuxième album R.O.D Rhod Over D-Fi est aussi est allé dans le cadre de la critique sociale dans laquelle s’inscrit l’auteur. Dans « Piblik mwen ki medya m » un morceau de son second album, nous avons remarqué un D-Fi face aux différents défis de la société. « Mantalite bwasè nèt » clame le jeune artiste. Si L’artiste est apprécié dans le HMI, il n’est pas quelqu’un qui est ouvert à la presse. D-Fi qui a voulu allumer les projecteurs sur les boycotages qui existent et dont il se sent victime, a déclaré: » Si m la toujou se paske m pa koube… ».

Lorsque Allan, le modérateur de la dernière sortie de l’activité « Dimanche littéraire » a demandé au poète révolté qu’est ce qui explique qu’il n’ait jamais été affiché dans les festivals, les fêtes champêtres etc…? Ce dernier, qui de toute évidence s’attendait à la question, rappelle que les organisateurs de ces genres d’activité sont des « biznismann » , ils ne cherchent qu’à tirer du profit alors, ils ne vont pas s’intéresser à une personne qui va à l’encontre de leurs visions des choses.

« Koulwa lanmò » un autre titre de l’album dont le refrain est chanté par la jeune chanteuse haitienne Tafa Mi-Soleil résume la personnalité du chanteur, sa sensibilité et son humanisme. « Yo ale men se pa lanmò ki rele yo » chante Tafa d’une voix pleine de tristesse mais aussi remplie d’énergie. Le rappeur en a profité pour présenter une radiographie du plus grand centre hospitalier du pays.

 » Sèl kote nap jwenn swen gratis, m mache ak gan m paske se premye preskripsyon yap banm » des vers qui décrivent l’irresponsabilité des personnes à qui nous avons confié le guide du pays.

Le troisième album n’est rien de moins que la continuité de ces critiques, des dénonciations etc… L’auteur ne manque pas d’allumer les projecteurs sur certains problèmes structurels de cette société rongée par les inégalités, l’exploitation des masses populaires à des fins politiques.

« Yèswa », un hit de son dernier album, est révélateur des espoirs qui s’en vont laissant des têtes qui peinent à rêver à nouveau. L’auteur qui apparemment s’adresse à une femme a pu opposer ses projets, ses rêves aux réalités qui succèdent à ses fantasmes. Il y a de l’apparence mais aussi du symbolisme dans ce titre.  » Sèlman sak rete m se kèk souvni; Kèk vye rim pou fè yon powèm » c’est ainsi que débute la musique avec la voix de Stan l’autre artiste de ce projet. Frustrations, colères, projets mort-nés, on en fait tous l’expérience. D-Fi « pase tout sou yon bit » comme il le dit dans sa chanson intitulée « Pasyon m ».

Tout moun bezwen fè « hit »
Qui, bons mélomanes, fans du rap créole en particulier, qui peuvent prétendre avoir oublié cette musique du rappeur haitien Franco Love ? D-Fi, qui répondait à la question comment il a fait pour gérer le rapport entre le citoyen Rhod D’jyvens Télémaque et le personnage D-Fi, en a fait référence.

 » J’avais remarqué que plus j’étais D-Fi, moins j’étais Rhod » a-t-il fait savoir.
Et comme il n’a pas voulu perdre Rhod il a choisi de sacrifier D-Fi, a-t-il laissé entendre.

 » Sak di a se lè manman w ap rele w atis » a enchaîné Mr Télémaque a « Dimanche littéraire ». L’auteur de  » Kwonik on Getoyout » a avoué qui s’est senti étranger même au près des gens qui lui sont les plus proches.

C’est pour ces raisons que D-Fi ne fait plus de scène. Il a dit ne pas vouloir perdre les précieux rapports qu’il entretient avec ses amis et sa famille. L’artiste qui avait souvent déclaré qu’il faisait du rap pour raconter son histoire vient de mettre fin à ses récits. De l’égoïsme ? Un peu, mais pas tout à fait selon ce qu’il a avancé. L’auteur du Mix tape « Rèv ak plim » a laissé entendre que raconter son histoire n’a été qu’un prétexte pour relater celles des autres.

Trèzan, une hymne à sa mère

Dans ce morceau, D-FI prend le soin de revoir tous les efforts d’une mère qui a dû investir tout ce qu’elle avait comme comme énergie, détermination pour se réaliser à travers son fils. Un enfant qui a choisi une voie qui est contraire à ce que souhaitait sa mère. Il s’en excuse mais assume pleinement son choix.

D-Fi n’est plus, vive D-Fi

D-Fi est un lâche ? A-t-il peur de finir mal ? A-t-il fini de relever les défis qu’il s’était donnés ? Est-ce une pause pour susciter une soif ? Toute une pluie de question a été adressée au chanteur.

« Oui, j’ai fini de raconter mon histoire maintenant à travers mon label  » Evazyon Mizik » je vais aider les autres à raconter les leurs, ils sont nombreux  » a répondu Rhod à ce moment-là.

Fidèle à ses convictions, D-Fi se tait pour laisser vivre Rhod D’jyvens Télémaque. Une chose est certaine, c’est une pillule difficile à avaler pour les fans.

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