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31 juillet 2021
HAITI

Deux expériences de transidentité dans le contexte haïtien

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Dans le cadre de la journée internationale de lutte contre l’homophobie célébrée chaque 17 mai, on a interviewé deux icônes dans la lutte pour la communauté LGBTQ en Haïti, Dominique Saint-Vil, un transgenre homme, coordonnateur de l’organisation Trans D’Haïti et Gabriel Reina Y. Serome, une Transgenre femme. Deux profils différents avec à peu près les mêmes défis à relever dans une société de plus en plus hostile à la visibilité des minorités sexuelles.

Flash Info : Pouvez-vous vous présenter à nos lectrices (teurs) ?

Dominique Saint-Vil : Je suis Dominique Saint-Vil mais mon nom juridique est Eunice Saint-Vil. J’ai 35 ans et je suis militant pour les droits humains depuis 2014. Bien avant je faisais partie de l’Association Jeune Combattant contre Discrimination et Stigmatisation (AJCDS) . Ensuite j’étais dans une organisation appelée KOURAJ qui avait inclus OTRAH. Maintenant je suis coordonateur général de l’OTRAH qui est autonome aujourd’hui après avoir été une subdivision de l’organisation KOURAJ.

Gabriel Reina Yheris Serome : Je suis Gabriel Reina Yheris Serome mais mon nom de naissance c’était Evenson. Je suis formatrice et accompagnatrice psycho-sociale.

F.I : Parlez-nous un peu de votre enfance ?

D.S : Je viens d’une famille chrétienne (protestante), mon père est Pasteur d’ailleurs. Toute mon enfance, j’ai été toujours entouré de chrétiens protestants. J’ai eu un enfance normale comme toute autre fille sinon que je sentais toujours ce problème d’identité que j’arrivais pas à comprendre dans le temps.

G.R.Y.S : Je viens d’une famille vodouisante, mon père est prêtre du vaudou mais les vodouisants de ma famille ne sont pas trop tolérants. Je suis la seule fille de mon papa et j’ai six frères. J’ai eu une enfance assez dure car j’ai été toujours discriminé dans mon quartier du fait que j’étais de sexe mâle et de genre féminin.

F.I : À quel moment que vous aviez su que vous aviez une dysphorie de genre ?

D.S : Ma différence sexuelle s’est manifestée depuis l’âge de huit ans mais j’ai fait beaucoup d’efforts à la garder à l’interieur, vu la façon dont mon entourage voyait les choses. J’ai attendu la vingtaine pour vivre ma vie sexuelle comme elle est au plus profond de moi et avoir une petite amie . Mais l’identité de genre est venue après des formations que j’ai suivies dans l’organisation KOURAJ car auparavant je ne savais même pas ce que c’était.

G.R.Y.S : Depuis mon enfance j’ai toujours su que j’étais différente mais à quatorze ans j’ai compris clairement que je suis une femme.

F.I : Est-ce que cela vous est arrivé de refouler votre identité, vos désirs ?

D.S : Au début, j’ai essayé de refouler le sentiment d’aimer les filles mais j’étais brave à assumer le fait que je suis transgenre.

G.R.Y.S : J’ai jamais refoulé les désirs et le sentiment de femme que je ressentais. Seulement j’étais plus petite, je ne comprenais pas vraiment qu’est-ce que c’était.

F.I : Qu’est-ce qui vous a poussé à vous accepter comme transgenre ?

D.S : Lorsque je me suis rendu compte que j’avais qu’une vie à vivre comme bon me semble.

G.R.Y.S : J’ai fini par m’accepter définitivement lorsque mes parents m’ont expulsé en 2018. Là, j’ai décidé de faire face à la vie telle qu’elle est.

F.I : Comment ça a été votre « coming out » ?

D.S : Ça a été difficile, j’ai procédé à mon « coming out » au fur et à mesure . Mais mon véritable « coming out » fut lors du festival Masi-Madi dans lequel je faisais partie du comité. Des photos de moi ont été publiées et tout le monde a confirmé qui je suis vraiment ,c’ est alors que j’ai décidé d’assumer complètement.

G.R.Y.S : J’ai jamais eu de coming out car j’ai toujours assumé la personne que j’étais depuis mon enfance.

F.I : Quelle était la réaction de votre famille ?

D.S : Lors de mon coming out, les membres de ma familles ont réagi très mal, à tel point que ma mère a brûlé tous mes vêtements . Jusqu’à présent ils n’acceptent pas la personne que je suis mais ils se résignent parce que je suis adulte et je ne suis plus sous leur responsabilité.

G.R.Y.S : Mes parents ont, comme toujours, réagi très mal et j’ai été souvent fouetté par eux pour mon comportement transgenre.

F.I : Maintenant comment vous vous sentez ?

D.S : Je me sens fier de moi en tant que personne et militant, en gros je me sens dans ma place.

G.R.Y.S : Fière, confiante et belle. Je vis pour Gabriel sans déranger les autres.

F.I : Est-ce que vous avez un amour dans votre vie ?

D.S : Pour le moment, j’ai pas de femme dans ma vie, je suis célibataire.

G.R.Y.S : Oui, j’ai un homme dans ma vie.

F.I : Est-ce que vous comptez avoir des enfants un jour ?

D.S : Oui, je compte avoir des enfants mais je vais pas en porter un. Je ferai une adoption ou une insémination artificielle.

G.R.Y.S : Bien sûr, je ferai une adoption ou je prendrai un mère porteuse.

F.I : Laissez un message pour les transgenre en difficulté ?

D.S : Tenez ferme et rejoignez les organisations d’aide et de soutien des Transgenre afin de faire connaître à tous nos droits et de vivre notre vie comme ça le doit.

G.R.Y.S : Il n’y a pas un âge fixe pour faire son coming out, on peut le faire à n’importe quel moment de sa vie. Etudiez et travaillez à être indépendant financièrement sinon ton coming out sera un gâchis

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