25.8 C
Port-au-Prince
4 août 2021
HAITI

Shélo Plebmuzik ou la voix d’une critique sociale

© %author%

Shélo Plebmuzik de son vrai nom Shélo François, est poète, rappeur, slameur et animateur culturel. Ce qui n’enlève pas sa volonté de poursuivre ses études en psychologie à la Faculté d’Éthnologie (FE) de l’Université d’État d’Haïti( UEH). À travers sa mixtape intitulée « Plebisit » et ses nombreuses performances, ce jeune homme a fait montre de son engagement pour une meilleure société.

Shélo François dit Shélo Plebmuzik est un jeune artiste haïtien, auteur d’un opus sur lequel on retrouve 10 morceaux qui marient le traditionnel avec des rythmes tendanciels du moment.

Il a été d’abord poète, ensuite rappeur et puis slameur, selon ce qu’il a expliqué.
Alors parler de Shélo aujourd’hui, c’est faire référence à un être complexe.

Le chanteur qui expliquait la raison pour laquelle il a opté pour le surnom Shélo Plebmuzik, a déclaré qu’il a voulu évoquer le mot « Plèbe » qui découle du mot latin « populus » pour expliquer son attachement au peuple.
 » Se pou pèp la m fè mizik », a-t-il laissé entendre.

L’oeuvre du chanteur peut être vue comme une critique sociale, tenant compte des principaux sujets qui y sont traités. Une critique qui touche tous les grands secteurs de la société.

Lauréat de l’édition de 2017 du prix Résidence par Quatre-Chemins, Shélo est l’auteur d’une mixtape qui a pour titre « Plebisit ».

L’évolution subite de la société, le changement instantané, la perte de certaines de nos valeurs ne laissent pas l’artiste indiférent, comme en témoigne son titre » Tan an chanje ».
Une chanson dans laquelle il a pris le soin de comparer l’époque où il a grandi à celle dans laquelle il évolue actuellement:
« Nou soti nan epòk tèt byen fèt
Kounya se tèt byen jòn ou tèt byen vèt. »

C’est une critique adressée à une jeunesse qui est exposée à l’expression la plus brutale de la mode.

Répondant à la question de savoir s’il nest pas mélancolique d’une période révolue, le slameur dit reconnaitre que » Chak jenerasyon gen valè l », et que par conséquent le mieux à faire ce n’est pas de s’apitoyer ou encore de juger mais, plutôt chercher à faire cohabiter la génération qui s’en va avec la nouvelle, question d’éviter un choc générationnel.

Ainsi, Shélo Plebmuzik prend ses distances avec les slogans comme:  » Granmoun yo echwe » ou encore » jèn yo dejwe. »

 » Je crois que les générations ont toutes leurs qualités mais aussi des défauts », a-t-il soutenu lors d’une interview accordée au journal  » Haïti Flash Info ».

Shélo Plèbmuzik, c’est aussi un critique de la religion. Mais, quelle religion?

Dans  » Epi amèn », sa collaboration avec D-Fi, le rappeur du collectif Powèt Revòlte, nous voyons un Shélo qui s’en prend amèrement à la bible: » Qui frappe par l’abîme périra par la bible », lâche-t-il.

Ce morceau est un tableau représentant une triste réalité car, il rappelle une tranche d’histoire tant forte que révoltante de notre histoire de peuple noir et descendant d’esclaves.

« Catholique, anonyme »,  » je veux décanoniser Vatican » et autres, sont des attaques osées contre la religion chrétienne.

Quant à D-Fi, on ne saurait être plus radical:  » Al di Jezi m pap ede l pote kwa sa ». Et le dernier coup de cette démonstration est donné avec la voix d’un homme qui dicte les critères d’interprétation de la Bible. Celle-ci prône une saisie motivée des textes sacrés des chrétiens.

Celui qui se dit plèbe-musicien est un anti-chrétien, ça nous le voyons sans doute. Cependant, il n’est peut-être pas tout à fait un anti-religieux.
Parce que, dans ce même hit où il prend à contre courant ces derniers croyants, on l’entend marteler ces barres: » Ma religion est dans ma peau,
My God is black. » On dirait même qu’il a voulu faire taire toute idée d’athéisme à son égard tout en montrant que la religion des colonisateurs ne saurait être libératrice pour ses victimes jadis. »

Moquerie, colère, frustration, refus, voilà qui sont les expressions de  » Epi amèn. »

L’Oncle slame autant qu’il parle.

« Ainsi slama l’Oncle » est l’un des textes du poète-chanteur qu’est Shélo. Il semble exprimer sa fidélité à l’éthnologue et homme politique haïtien, Jean Price Mars qui est lui même l’auteur de l’essai d’éthnographie « Ainsi parla l’Oncle. » et l’initiateur de l’Institut national d’éthnologie devenu Faculté d’Éthnologie.

Interrogé sur la question, l’artiste a confirmé qu’effectivement il est de celles et ceux qui croient que Jean Price Mars avait raison d’évoquer l’idée du complexe haïtien en faisant de ce dernier non un africain ou un européen mais, la résultante d’un choc culturel.

Toutefois, il croit et affirme que ceux dont les pères sont européens n’ont pas les mêmes intérêts que ceux qui se réclament de l’Afrique. Croyance, constat ou logique? Le plèb-rappeur trouve sa position très logique.

« L’hypocrisie est toute aussi meurtrière que l’activité » une idée que soutient Shélo.

 » A non bann ipokrit karesan, dlo je paka lave san » est la première phrase du slam  » Bon Jan do » dans lequel le poète se sert du drame de la mort du célèbre journaliste haïtien Jean Domique comme prétexte pour toucher l’hypocrisie, signe pathognomonique de notre société.

Il y profite pour questionner le silence qu’il a constaté dans la gestion du dossier du journaliste assassiné pendant le second mandat du président Jean Bertrand Aristide.
 » La jistis pa katolik pouki m wè tout jij pè », dit-il.

En fait, avec sa mixtape, ses collabo et son rôle d’animateur culturel, Shélo François est encore un rêve en pleine réalisation.

Comme bon nombre de rappeurs Shélo se plaint de son public qui ne le soutient pas financièrement: « Ce public t’aime mais n’achète pas tes albums. »

Malgré tout, Shélo Plebmuzik nous donne rendez-vous à la fin de l’année pour un nouveau projet.

Related posts

L’heure nationale sera avancée de 60 minutes à partir du 7 Mars

Tataille Jessie Lisa

Haïti/assassinat du Président de la République: Il faut que le pays continue de fonctionner, d’après le Premier Ministre Claude Joseph

Jeff Thes

Koze Kretyen a soufflé ses 5 bougies ce dimanche

Marckenley Elie

Leave a Comment