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31 juillet 2021
HAITI

Un clash de titans à C3 autour du thème “ Faut-il considérer tous les habitants des zones de non droit comme complices de bandits »

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L’atelier Deba en partenariat avec C3 éditions a organisé ce jeudi 29 avril 2021, dans l’après-midi une enrichissante activité intellectuelle baptisée « Grand débat » ayant pour thème : Faut-il considérer tous les habitants des zones de non droit comme complices des bandits ? En dépit d’un public timide, les membres du Jury étaient au rendez-vous. Les deux débateurs, ont su être captivants.

Le juriste et relationniste Nem Jean Baptiste a remporté ce match avec la moyenne de 80,3 a appuyé la thèse Pour alors que Nidger F. P. Paul en a pris le contre-pied et obtenu 74,5 de note. Les jurys composés du sociologue, , Daniel Supplice, du Professeur d’ Université et agronome, Jean André Victor et de la Communicatrice Nardine Desulma ont délibérés après plus d’une heure de débat.

Prévue pour 3h pm, l’activité va débuter 15 minutes plus tard suite à des problèmes techniques persistants. Avec près d’une dizaine de personnes dans l’assistance, le coup d’envoi est lancé après la présentation du jury suivi de l’évocation du sujet et des règles du débat par la présentatrice.

Tous les deux sur leur 31, les débatteurs prennent place sur l’estrade. Jean Baptiste dans la première phase du débat a méthodiquement et fortement soutenu la complicité des habitants aux bandits dans les zones de non droit. Consciemment ou inconsciemment, ils le sont.

 » Je réponds par l’affirmative à la question s’il faut considérer tous les habitants des zones de non droit comme complices des bandits ? Pour prouver cela je fais appel à la théorie de l’effet spectateur, qui est défini comme le phénomène par lequel plus de nombre de témoins aux actes déviants augmentent, plus la possibilité qu’un individu réagisse au comportement déviant diminue. Chers membres du jury, cette théorie explique la complicité souvent indirecte des habitants des zones de non droit.

Premièrement, je les considère comme complices parce qu’ils ont fait un choix, celui de rester dans cette zone en dépit de l’incapacité de la police d’y pénétrer.

Deuxièmement, il y a cette forme de complicité inconsciente, ce que le chercheur Enrico Ferri va développer à travers la criminalité d’occasion. Ces gens sont victimes de l’influence anthropologique et sociologique de la zone même s’ils sont des gens de bien ils deviennent tout de même complices du banditisme qui sévit dans la zone.

Troisièmement, il y a aussi cette complicité indirecte, car puisque les gens ne vont pas dénoncer les actes de banditisme. Ils vivent en toute quiétude croyant être protégés par les bandits.
Quatrièmement, je conclus avec la complicité passive qui se traduit par une omission. Lorsque vous entendez crier quelqu’un, étant en situation de détresse et vous ne lui portez pas secours. Vous êtes complices. L’opération policière du vendredi 18 mars 2021 au Village de Dieu est un exemple flagrant. On entendait clairement dans ce message audio la voix de ce policier en situation de désespoir, demandant des renforts tout en informant que des habitants de la zone s’apprêtaient à les embarquer. Qu’on parle de complice tacitement ou complice expressément. On est complice quand même “, a-t-il l défendu.

Paul, de son côté, rejette en bloc l’opinion de son adversaire. Il affirme haut et fort que tous les habitants dans un ensemble universel et intégral, ne sont complices des bandits dans les zones de non droit. Les conditions sociales précaires et critiques d’une personne l’obligeant à demeurer dans une telle zone ne fait pas d’elle une complice. D’ailleurs, il est mieux de chercher des bandits que des complices.

Face à l’accusation d’être né dans une famille pauvre, face à l’accusation de ne pas avoir les moyens de se payer un loyer décent, face à l’accusation de n’avoir pas pu bénéficier une bonne éducation, face à l’accusation d’être vu comme un rejet de la société, je vous déclare coupables d’être un habitant complice dans une zone de non droit ? En général, il est mieux de chercher des complices que des bandits nous ont bien montré Alfred Auguste Pilavoine.

Comment parler de sureté de la personne qu’indique l’article 3 de la déclaration universelle des droits de l’homme quand un individu dès le ventre de sa mère est déjà doté d’une étiquette de ‘’bandits’’, ‘’gangster’’ et ‘’complice de bandit’’.

“On doit savoir quand on parle de zone de non droit, c’est un quartier où le droit ne règne pas. Comment parler de zone de non droit dans un pays comme Haïti où partout le droit ne règne pas et l’Etat de droit n’est qu’une illusion ? Chers amis, ces gens-là souffrent de la pauvreté. Plusieurs hommes extraordinaires sont de ces zones. Nous avons Bel-air qui nous a donné Franketienne et Cité-Soleil Rosny Ladouceur. Alors sont-ils complices des bandits ?

Il y a des avis qui affirment qu’il faut exterminer ces personnes-là qui sont des maltraitées, des opprimées qui n’ont pas les moyens de se tirer. A ce stade le pays est devenu aux yeux de l’international un Etat de non droit. Posons-nous la question, sommes-nous les complices de nos dirigeants ?, “ a-t-il contrattaqué.

La première phase étant achevée est suivie du moment de réfutation où chaque contradicteur à tour de rôle conteste les thèses de chacun. Jean Baptiste suppose qu’il faut mettre sentiments et émotions de côté pour traiter le sujet. Il ne vient pas pour accuser mais pour inciter à un réveil car dorénavant dans notre société la complicité se normalise progressivement.

« Je crois que mon contradicteur s’est trompé de sujet. Avez-vous saisi rien qu’un seul argument dans tout ce qu’il vient d’avancer ? Nous sommes arrivés à un moment où la complicité est devenue tellement normal qu’on a peur de la dénoncer. Peu importe le degré de souffrance de ces gens cela n’omet pas qu’ils sont coupables. On peut bien être pauvre et être complice. De même être riche et quand même complice. Je ne viens accuser personne mais plutôt plaider en faveur d’un réveil. Etant un débat intellectuel nous ne sommes pas là pour défendre des croyances, des sensibilités”, a-t-il rappelé.

Paul croit dur comme faire qu’il est important de prendre en compte tous les aspects du sujet pour mieux l’appréhender que de seulement se focaliser sur la notion de complicité et réitère que les habitants des zones de non droit sont les victimes de la pauvreté. Ils ne peuvent pas prendre la place d’un Etat qui a failli à sa mission.

« Comment sortir d’une zone de non droit quand on a pas le luxe de se payer un loyer ? Et que l’Etat garant de la bonne marche de la société a failli à sa mission. Faut-il prendre la place de l’Etat ? Que devons-nous faire ? Se définir a partir l’Etat ? L’Etat a l’impérieuse obligation de garantir le droit à la vie, à la liberté et surtout à la sureté de la personne », a-t-il fustigé.

La troisième phase s’est opérée en une face à face de 10 minutes. Chaque adversaire a disposé de 2 minutes pour faire du tact au tact. Un duel qui a mis Paul en position avantageuse, mais la série de questions du jury à l’endroit des débatteurs, et qui constitue l’ultime étape va réduire cette impression après les réponses de chacun. 3 minutes ont été accordées aux membres jury pour se concerter sur la note finale, pendant que des membres de l’atelier Deba remettent des certificats aux débatteurs.

80,3 de note pour Nem JEAN-BAPTISTE. 74,5 pour Nidger PAUL. Quoique le match ait été intéressant et musclé en argument des deux côtés, c’est sans grande surprise que le public accueille le résultat du match. La grille d’évaluation s’est accentuée sur la présentation des arguments, la pertinence des arguments, l’éloquence, l’interaction et les questions du jury.

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